L'information
financière
des actionnaires en 2000
Le 27 octobre 2000 – Les actionnaires individuels impliqués dans la gestion de leur portefeuille, plus nombreux que l’an passé, sont avides d’information financière. Et Internet apparaît aujourd’hui être un média complémentaire plutôt qu’un concurrent de la presse économique et financière. Tels sont deux des principaux enseignements du baromètre annuel que réalise TN Sofres Communication Financière pour Investir.
Les actionnaires impliqués dans la gestion de leur portefeuille sont plus nombreux que l’an dernier. Ils sont aujourd’hui 4,6 millions, soit 600 000 de plus qu’en 1999. Le rajeunissement comme l’élargissement de la population des actionnaires, tant attendus par les observateurs et les opérateurs, se révèlent progressifs… Ainsi, si les 15-34 ans représentent aujourd’hui 13% de la population des actionnaires interrogés (pour 12% en 1999), la part des plus de 65 ans progresse elle aussi, s’établissant à 38% (+3 points). Au total, les plus de 50 ans représentent encore aujourd’hui deux tiers des actionnaires impliqués dans la gestion de leur portefeuille. Au delà de ce renforcement des deux " extrémités " de la pyramide des âges de l’actionnariat, cette étude montre combien il est nécessaire, aujourd’hui, de segmenter la population des plus de 50 ans. En effet, parmi eux, les comportements des 50-64 ans, parfois très actifs sur le Nouveau marché, se distinguent sensiblement de ceux des plus de 65 ans, qui privilégient nettement le CAC 40 et le Second marché.
Valorisation des portefeuilles plus élevée, mais moindre activité boursière
Cette étude montre, reflétant les performances du marché au moment de l’enquête, que la valorisation des portefeuilles était à la fin du premier semestre 2000 un peu plus élevée que l’an passé. La part des actionnaires détenant des avoirs supérieurs à 500 KF est de 13% (pour 10% en 1999) et ceux de 50 à 99 KF de 21% (+4 points), alors que par rapport à 1999, la part des plus petits portefeuilles (inférieurs à 50 KF) a nettement baissé (36% pour 43%). Mais dans le même temps, les actionnaires ont été un peu moins actifs que l’an passé : 72% d’entre eux ont réalisé moins de 3 opérations, pour 66% en 1999. Les fortes variations enregistrées par les valeurs TMT, et les soubresauts du Nasdaq, ne sont peut-être pas étrangers à ce comportement, les actionnaires ayant privilégié l’attente et la temporisation.
Sur le plan psychologique, l’investissement en Bourse s’avère fortement associé à une double dimension de plaisir et d’enrichissement intellectuel, plutôt que de contrainte et de devoir. Ces dimensions sont particulièrement importantes pour les actionnaires investis sur le Second et le Nouveau Marché, de même que pour les plus actifs (ayant effectué plus de 6 opérations) et les lecteurs réguliers d’hebdomadaires financiers.
En tant que tel, l’enrichissement intellectuel est plus particulièrement valorisé par les utilisateurs d’Internet.
Internet : un réel potentiel de développement
13% des actionnaires interrogés déclarent utiliser Internet pour la gestion de leur portefeuille et 12% envisagent de l’utiliser dans les prochains mois. A moyen terme, on peut envisager qu’un actionnaire sur quatre utilise Internet. On constate que son utilisation dépend largement de la diversification des portefeuilles. Ainsi, son utilisation est trois fois plus fréquente chez les actionnaires investis sur le Nouveau marché, et deux fois chez ceux détenant des titres du Second marché, alors que les actionnaires présents uniquement sur le CAC 40 en sont moins friands. Au delà, battant en brèche un a priori couramment admis, on constate que les jeunes actionnaires ne sont pas les seuls utilisateurs d’Internet. Si 29% des 15-34 ans déclarent aujourd’hui l’utiliser et 24% l’envisager dans les prochains mois, les 35-64 ans, qui représentent la moitié des internautes actuels, représentent un réel potentiel : 36% des 35-49 ans et 26% des 50-64 ans sont des utilisateurs actuels ou potentiels d’Internet.
Les actionnaires internautes surfent large. Ils consultent aussi bien les sites spécialisés sur la Bourse que ceux de la presse, des sociétés cotées ou des établissements financiers. La souplesse et la gratuité du média en font donc un support privilégié de la collecte tout azimut. Mais si l’utilisation d’Internet se développe, et si les sites consacrés à la Bourse semblent de ce fait promis à un bel avenir, on constate qu’ils ne remplacent nullement le papier et l’information " traditionnelle ", et qu’ils jouent plutôt un rôle complémentaire.
Internet et presse : complémentaires plutôt que concurrents
On constate d’un part qu’Internet n’est pas la source d’information jugée la plus utile par les actionnaires. Dans une liste de 13 sources pour lesquelles on a demandé aux actionnaires de noter de 1 à 10 leur utilité dans la gestion du portefeuille, Internet n’apparaît qu’au 11ème rang, avec une note de 3 sur 10. Il se situe loin derrière la banquier ou le conseiller financier, largement privilégié avec une note de 6,1 sur 10, et à des niveaux proches de la télévision (3,5), des news magasines (3,4) ou des réunions d’actionnaires (2,8). Mais l’on comprend son potentiel lorsque l’on étudie les réponses des Internautes actuels. Pour eux, Internet est la source d’information privilégiée, avec une note de 6,6 sur 10 et devance les hebdomadaires financiers (6,1) ou le banquier/le conseiller financier (5,2).
D’autre part, on s’aperçoit qu’Internet et la presse hebdomadaire spécialisée ont un rôle très complémentaire dans l’information des actionnaires. Si les hebdomadaires financiers jouent un rôle majeur par la richesse de l’information qu’ils apportent tant sur les sociétés françaises qu’étrangères, la qualité des avis et conseils ou la fiabilité des informations, Internet est privilégié pour la rapidité et la fraîcheur de l’information, la simplicité et l’agrément d’utilisation, mais aussi pour son plus faible coût.
Enfin, pour compléter le tableau et mettre en sourdine la crainte exprimée par certains de voir Internet venir concurrencer la presse, on constate que 86% des actionnaires-internautes lisent régulièrement la presse, avec une préférence marquée pour les mensuels patrimoniaux (36%) et les hebdomadaires financiers (34%), et un moins grand appétit pour les quotidiens économiques ou généralistes.
Surtout, 32% d’entre eux déclarent avoir suivi les conseils des hebdomadaires financiers lors de leurs dernières opérations.
Des sources d’information multiples qui permettent des recoupements
On l’a vu, Internet favorise le croisement et la multiplication de l’information. Mais ce comportement vaut au delà d’Internet. Les actionnaires utilisent une variété importante de sources d’informations et de conseils, que ce soit pour la gestion de leur portefeuille ou au moment, crucial, d’effectuer une opération. Des sources qui peuvent varier en fonction de l’évolution des marchés ou de la diversité du portefeuille.
Que ce soit pour la gestion du portefeuille ou au moment d’effectuer une opération, le rôle du banquier/du conseiller financier reste déterminant. La croissance du nombre d’actionnaires (nouveaux entrants plus demandeurs) associée aux efforts développés par les établissements pour renforcer et segmenter leur offre en matière de gestion d’actifs tend à (re)légitimer son intervention, son rôle s’étant accru par rapport à 1999. Les hebdomadaires financiers jouent eux aussi un rôle prépondérant, que ce soit pour l’utilité de l’information qu’ils apportent, ou au moment d’effecteur une opération. Ce rôle devient déterminant dès que l’actionnaire descend dans la cote ou chez ceux qui effectuent un grand nombre d’opérations, ceci valant également pour les quotidiens économiques. L’entourage reste une source d’information privilégiée, notamment pour les plus jeunes.
Au total, les sources d’informations et les influences sont multiples et chaque émetteur semble jouer un rôle spécifique en fonction du moment, des besoins, de la nature de la transaction ou des caractéristiques propres, du profil de l’actionnaire.
Gros consommateurs d’information, les actionnaires attachent une réelle importance à la publicité financière et institutionnelle. 51% de ceux qui sont des lecteurs réguliers de la presse (et 69% des lecteurs réguliers de la presse hebdomadaire) déclarent lire " systématiquement ou souvent " les communiqués financiers, pour 47% en 1999. Cette information apparaît ainsi indispensable, que ce soit pour fidéliser les actionnaires détenteurs de titres qui suivent ainsi l’actualité et les résultats de leurs valeurs, ou pour conquérir ceux qui pourraient devenir actionnaires. Une information qui devient même cruciale pour les actionnaires investis sur le Second ou le Nouveau Marché.
Performance du titre et croissance du secteur : deux critères prépondérants dans le choix des valeurs
Enfin, quels sont les critères privilégiés par les actionnaires pour le choix des valeurs ? Pour tous les actionnaires, la performance de l’action et les perspectives de croissance du secteur sont déterminants. L’importance de ces deux critères reste identique par rapport à 1999.
La plus grande maturité de la plupart des actionnaires explique certainement par ailleurs que la notoriété de la société soit aujourd’hui moins prépondérante qu’en 1999, même si elle reste un critère important, notamment aux yeux des nouveaux entrants.
Au delà, on constate que les actionnaires se montrent sensibles à certains critères plus spécifiques. La stratégie et le management apparaissent ainsi plus importants pour les actionnaires les plus avertis et ceux qui descendent dans la Cote, les valeurs du Second et du Nouveau marché étant soumises à un examen complet et multicritères. Les jeunes, les actionnaires les plus actifs et les internautes se retrouvent, plus souvent que les autres, sur la perspective de " faire un coup en bourse ", mais ce critère n’est pas le seul à alimenter " l’appétit boursier " des internautes (la performance de l’action en Bourse, le secteur et la rentabilité sont plus importants à leurs yeux).
Enfin, si la présence dans la net économie est un critère mineur pour certains, elle se révèle jouer pour les… actionnaires internautes, et surtout pour les actionnaires investis sur le Nouveau Marché.
Pour terminer, les actionnaires impliqués dans la gestion de leur portefeuille interrogés dans le cadre de cette étude réalisée au mois de juin, autrement dit avant la baisse enregistrée par la plupart des valeurs TMT, continuent de leur faire confiance. Ces valeurs restent en effet leurs priorités d’achat (48%), devant les secteurs traditionnels de l’aéronautique/espace/armement (43%), banque/assurance (30%) ou pharmacie/santé (30% également).
Stéphane Marcel