
Les Français et la
nouvelle économie
Une économie à plusieurs vitesses
Le 25 mai 2000 - Ecrans publicitaires, yoyo boursier, business angels, création de start-up, virus de l’amour destructeur, faillite récente de Boo.com : les médias français s’enflamment pour la nouvelle économie. Dans ce flot continu d’informations parfois inquiétantes, parfois encourageantes, comment réagissent les Français ?
L’enquête réalisée pour L’Expansion nous dépeint une France plutôt sereine face à ces évolutions, mais traversée par de réels clivages. En réalité, une bonne partie des Français reste à l’écart de tous ces phénomènes auxquels ils assistent en spectateurs plus qu’en acteurs.
D’un point de vue personnel, 61% déclarent s’intéresser " peu " ou " pas du tout " aux nouveaux moyen de communication comme Internet. Cela signifie que 39% s’y intéressent, soit une grande marge de progression si l’on considère que seuls près de 12% des foyers français sont aujourd’hui connectés à Internet à leur domicile. Mais derrière ces chiffres, se dessine une puissante ligne de clivage qui semble opposer au moins deux mondes. Les jeunes et les plus âgés d’une part. Les cadres supérieurs et les autres catégories socioprofessionnelles d’autre part.
Le clivage entre les génération est on ne peut plus net : l’intérêt à l’égard de l’Internet décroît linéairement avec l’âge pour passer de 61% chez les 18-24 ans à 16% chez les plus de 65 ans : 45 points d’écart ! L’écart est lui aussi abyssal entre les cadres chez qui l’attrait pour les NTIC culmine (76%) et les ouvriers, moins impliqués : 32%. Plus surprenant est le faible intérêt manifesté par les travailleurs indépendants et professions libérales puisque avec 32% ils se situent au même niveau que les ouvriers alors qu’on aurait pu penser que l’Internet et l'informatique devenaient pour eux un véritable outil de travail.
Internet source d’inquiétude pour un français sur trois
Un intérêt pour le moins inégalement réparti donc mais qui ne se résume pas à de l’indifférence. Si ce sentiment est réel dans une partie de la population, notamment chez les plus âgés, on constate qu’Internet suscite également une crainte dans une partie non négligeable de la population : 32%. Chez d’autres, c’est l’intérêt qui domine (43%) et même parfois l’espoir (22%) ou l’enthousiasme (11%). Les cadres et les jeunes se retrouvent autour de l’intérêt suscité par l’Internet mais les jeunes se montrent plus enthousiastes. Quant à l’inquiétude, elle culmine chez les plus âgés, les femmes et les indépendants, qui perçoivent peut-être Internet comme une menace pour l’activité de leur entreprise.
Les NTIC facteur de progrès…
Indépendamment de l’intérêt ou des craintes qu’elles suscitent, les NTIC sont perçues comme un facteur de progrès. C’est vrai pour l’accès à la connaissance, vrai aussi pour la productivité des entreprises, vrai encore pour la liberté d’expression ou les échanges, les liens entre les gens. Vrai enfin, dans une moindre mesure, pour la création d’emploi : 59% estimant positives les conséquences de leur développement mais 20% craignant des effets néfastes.
Dans ce tableau très flatteur, seuls les tenants de la démocratie interactive seront frustrés. Si 39% des enquêtés jugent que les NTIC et Internet auront des effets positifs sur la démocratie, 34% jugent au contraire qu’ils n’auront pas de conséquence et 19% même des incidences négatives. Les jeunes et les cadres supérieurs, catégories à la fois les plus intéressées et les plus impliquées – ce sont eux qui constituent actuellement le gros du bataillon des internautes – sont les plus circonspects : respectivement 43% et 44% estiment que la démocratie n’a rien à gagner avec Internet.
Au total, la population se scinde en deux groupes de tailles inégales. D’un côté ceux qui estiment qu’il y a des opportunités, en particulier pour eux-mêmes (38% de l’ensemble) : s’y côtoient logiquement une majorité des jeunes et des cadres supérieurs, mais aussi les professions intermédiaires. D’un autre, les " ni ni ", ni perdants, ni gagnants (52% de l’ensemble) : on y retrouve les plus âgés, les indépendants, et les ouvriers, pour lesquels Internet et une (r)évolution sans doute positive pour la société et le monde, mais pour laquelle ils ne se sentent pas très bien préparés.
… et d’inégalités
Vertueux pour une partie – minoritaire – de la population, le développement de l’Internet et de la nouvelle économie serait-il, comme on l’entend parfois, un facteur d’aggravation des inégalités ? Les Français ne sont pas loin de le penser. 48% estiment en effet que le risque d’accentuation des inégalités est réel. La surprise vient moins de la réponse que des personnes dont elle émane. Ce n’est ni le bataillon des " ninistes ", ni celui des " sans claviers " qui soutient ce jugement mais les catégories les plus adeptes des NTIC et de la Nouvelle économie; autrement dit les cadres supérieurs (59%), les professions intermédiaires (53%) et dans une moindre mesure les jeunes (46%).
Source d’opportunités et de progrès pour certains, d’inégalités pour d’autres, la nouvelle économie ne convainc toutefois pas encore comme source d’élévation du niveau de vie : seuls 13% des enquêtés pense qu’elle " va augmenter le niveau de vie de la plupart des habitants ", 14% le diminuer et, surtout, 70% qu’elle n’aura aucun effet. Les Français, au delà de leur implication, peinent donc à établir un lien entre les effets collectifs positifs pour l’emploi et les bénéfices individuels qu’ils peuvent en retirer. Et surtout ils ne perçoivent pas réellement la mutation globale de l'économie en germe dans les nouvelles technologies.
Fiche Technique
Enquête réalisée les 12 et 13 mai 2000 pour L’EXPANSION auprès d’un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées par téléphone.Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d’agglomération.
Les résultats
Question : D'un point de vue personnel, vous intéressez-vous aux nouveaux moyens de communication comme Internet :
|
- Beaucoup |
15 |
|
- Assez |
24 |
|
- Sous-total |
39 |
|
- Peu |
22 |
|
- Pas du tout |
39 |
|
- Sous-total |
61 |
|
- Sans réponse |
0 |
Question : Lorsque vous voyez le développement des nouvelles technologies de communication, d'Internet, des nouvelles entreprises de technologie (les start-up), est-ce que cela suscite chez vous (1) :
|
En % |
Rang
|
|
|
- De l'intérêt |
43 |
1
|
|
- De l'inquiétude |
32 |
2
|
|
- De l'espoir |
22 |
3
|
|
- De l'indifférence |
21 |
4
|
|
- De l'enthousiasme |
11 |
5
|
|
- De la révolte |
5 |
6
|
|
- Sans opinion |
2 |
-
|
(1) Le total des pourcentages est supérieur à 100, les personnes interrogées ayant pu donner plusieurs réponses.
Question : Pensez-vous que le développement de la Nouvelle économie, c'est à dire les activités liées à Internet et aux nouvelles technologies, va avoir des conséquences très positives, plutôt positives, plutôt négatives, très négatives ou pas de conséquence sur :
|
Très |
Plutôt positives |
Sous-total positives |
Plutôt négatives |
Très négatives |
Sous-total négatives |
Pas de conséquence |
Sans |
|
|
- L'accès au savoir, à la connaissance |
34 |
51 |
85 |
4 |
2 |
6 |
7 |
2 |
|
- La productivité des entreprises |
23 |
55 |
78 |
6 |
2 |
8 |
8 |
6 |
|
- La liberté d'expression |
25 |
44 |
69 |
11 |
4 |
15 |
13 |
3 |
|
- Les échanges, les liens entre les gens |
11 |
54 |
65 |
18 |
4 |
22 |
10 |
3 |
|
- La création d'emplois |
14 |
45 |
59 |
15 |
5 |
20 |
17 |
4 |
|
- La démocratie |
7 |
32 |
39 |
15 |
4 |
19 |
34 |
8 |
Question : Au total, diriez-vous que les gens comme vous vont plutôt y gagner, plutôt y perdre ou ni l'un ni l'autre ?
|
- Plutôt y gagner |
38 |
|
- Plutôt y perdre |
9 |
|
- Ni l'un ni l'autre |
52 |
|
- Sans opinion |
1 |
Question : Estimez-vous que le développement d’Internet et de la Nouvelle économie :
|
- Est une menace pour l'identité
de la France - N'est pas vraiment une menace - Sans opinion |
25
|
|
- Va
accentuer les inégalités sociales |
48
|
|
- Va
augmenter le niveau de vie de la plupart des habitants |
13
|
Question : Avez-vous le sentiment que depuis quelques temps :
|
- Les gens
autour de vous parlent davantage d'argent - Ils en
parlent plutôt moins qu'auparavant - Il n'y a
pas de changement - Sans opinion |
5 46 0
|
|
- Les gens affichent davantage
qu'auparavant l'argent qu'ils gagnent ou qu'ils auraient envie de gagner - Au
contraire les gens dissimulent davantage leur argent - Il n'y a pas de changement - Sans opinion |
32
52 1
|
Question : Personnellement, comment considérez-vous les gens qui créent ces petites entreprises de technologies, ces start-up ? Vous les considérez plutôt comme (1):
|
En % |
Rang |
|
|
- Des passionnés |
44 |
1 |
|
- Des gens qui ont du flair |
43 |
2 |
|
- Des entrepreneurs |
39 |
3 |
|
- Des gens qui cherchent l'argent facile |
30 |
4 |
|
- Des pionniers |
21 |
5 |
|
- Des naïfs |
7 |
6 |
|
- Des inconscients |
5 |
7 |
|
- Sans opinion |
1 |
1 |
(1) Le total des pourcentages est supérieur à 100, les personnes interrogées ayant pu donner trois réponses.
Question : Lorsque ces créateurs de start-up gagnent des millions de francs en revendant leur entreprise grâce à la valeur qu'elle a prise en Bourse, estimez-vous que :
|
- C'est choquant : c'est de l'argent gagné sans beaucoup d'effort et qui est disproportionné par rapport à la valeur réelle de ces entreprises |
39
|
|
- Ce n'est pas choquant : cet argent récompense des gens qui ont pris des risques et qui ont fait preuve d'innovation |
58
|
|
- Sans opinion |
3 |